A la découverte des îles des Caraïbes
21/07/2009 14:04 | 1 Commentaire | Commentez cet article

Carnaval de Notting Hill 1976 : Graves émeutes.
Chaque année fin août, les rues de Notting-Hill, petit quartier bohême de l’Ouest londonien, sont envahies pendant deux jours par plus d’un million de personnes venues participer à la deuxième plus grande parade de rue du monde, après celle de Rio de Janeiro. Un carnaval caribéen endiablé au succès populaire immense qui permet aujourd’hui au gouvernement anglais de vanter les mérites de son modèle d’intégration.  Une réussite qui n’allait pas de soi, si l’on se remémore les premières années du carnaval de Notting Hill, et leurs cortèges d’incidents violents entre représentants de la communauté antillaise de Londres et jeunes teddy boys blancs proches du British National Party. Retour sur une histoire mouvementée.


Années 1950 : Premiers pas difficiles de la toute jeune communauté antillaise de Londres. Tensions raciales, émeutes … l’idée d’un carnaval fédérateur fait son chemin.

Anecdotique jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale, l’immigration antillaise vers la Grande-Bretagne accélère brusquement au début des années 1950, en réponse à l’importante pénurie de main d’œuvre dont souffre le pays. Pionniers de ce mouvement de population initié par le gouvernement britannique, les 492 jamaïcains arrivés à Londres en 1948 à bord du paquebot   « Empire Windrush » sont rejoints les deux décennies suivantes par des dizaines de milliers de citoyens de Trinidad, de Jamaïque et autres colonies anglaises des Caraïbes (Sainte-Lucie, Dominique  …).

Tous quittent des îles aux économies sinistrées où il est presque impossible de trouver du travail, et voient bien souvent en Londres, un eldorado. Mais sur place évidemment, la réalité est toute autre.
Regroupés dans les quartiers de Clapham, Brixton et Notting Hill, ils se heurtent aux difficultés habituelles rencontrées par les migrants du monde entier : Emplois peu qualifiés et peu rémunérés, difficulté à trouver un logement décent, déracinement …
 

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Images d'archive de l'arrivée des premiers antillais à londres entre 1948 et 1962.


Surtout, dès le milieu des années 1950, alors que la communauté antillaise prend numériquement de l’importance, les tensions raciales se font de plus en plus vives. Les insultes racistes et les agressions culminent au mois d’août 1958 avec l’attaque lancée par des groupes de jeunes blancs contre les habitants trinidadiens de Notting Hill. S’en prenant aux passants et plus particulièrement aux couples mixtes, ils sont bientôt pourchassés par des groupes de jeunes antillais prêts à en découdre. Les incidents dureront plusieurs semaines.  Un an plus tard, le 17 mai 1959, c’est Kelso Cochrane, 22 ans, né à Antigua, qui s’effondre dans une rue de Notting Hill, poignardé à mort par une bande de jeunes racistes blancs.

 

Reportage sur les émeutes de 1958 à Notting Hill.

En réaction à tous ces incidents, des antillais s’organisent en groupe d’auto-défense tandis que des voix s’élèvent pour trouver une issue pacifique au conflit et mettre fin au rejet de la communauté par une partie de la population.  Celle de Claudia Jones notamment. Editrice de la West Indian Gazette, un journal publié à Londres à destination des antillais de la ville, elle plaide pour l’organisation d’un évènement festif à même de souder la communauté, de lui redonner une fierté, et de montrer aux londoniens la richesse et la vitalité des cultures issues des Caraïbes.  En août 1959, elle organise dans les rues avec quelques amis les premières fêtes, embryons de ce qui deviendra officiellement quelques années plus tard, succès aidant,  le Carnaval de Notting Hill (1964 ou 1966 selon les sources).

Officialisé en 1966, le Carnaval de Notting Hill remporte un formidable succès populaire, mais cristallise les tensions entre jeunesse antillaise et police londonienne, au point de frôler plusieurs fois l’interdiction. Les punks et Bob Marley à la rescousse …

Chaque année, le public se fait plus nombreux. En 1975, ce sont ainsi plus de 250000 personnes qui arpentent les rues de Notting Hill à l’occasion du carnaval. Une foule que les forces de l’ordre ont bien du mal à encadrer. Souvent accusée de racisme, de contrôles au faciès et autres brimades, la police londonienne doit faire face à une jeunesse antillaise très remontée. Les incidents fréquents tournent carrément à l’émeute en août 1976 avec un bilan très lourd : plus d’une centaine de carnavaliers et de policiers sont hospitalisés.


Reportage sur les événements de 1976 à Notting Hill.

Les années suivantes, le carnaval de Notting Hill devient le lieu d’affrontement  préféré des groupes racistes et antiracistes. Chaque édition est marquée par de violentes bagarres entre Skinheads nationalistes et groupes de jeunes blancs antiracistes tels que la LAN (Ligue Anti Nazi) et le RAR (Rock Against Racism), au point que les autorités envisageront plusieurs fois l’interdiction pure et simple du carnaval.

Pourtant, malgré cette ambiance délétère et une réputation sulfureuse, le carnaval de Notting Hill fait progressivement avancer la cause antillaise en Grande-Bretagne. Déjà séduite par les steel-band et le calypso, une grande partie de la jeunesse anglaise est conquise par le ska et le reggae jamaïcain. L’image qu’elle se fait des Antilles change. Des groupes punk commencent à s’intéresser à ces musiques venues d’ailleurs, et les Clash notamment en tireront certains de leurs meilleurs morceaux.

Ce métissage musical contribue au même titre que le carnaval à apaiser les tensions communautaires.  Petit à petit les Antilles deviennent à la mode. D’autant qu’à la même époque un certain Bob Marley fait un hold-up remarqué sur les ondes du monde entier, et cartonne en Grande-Bretagne.


The Clash - Junco Partner.


The Clash - Guns Of Brixton.

Aujourd’hui assagi et soutenu par les pouvoirs publics, le carnaval de Notting Hill est devenu un élément phare du calendrier culturel anglais. Une réussite pour la communauté antillaise, un bel exemple de multiculturalisme pour le gouvernement, et un formidable outil marketing pour la ville de Londres.

Bien que la violence intercommunautaire ait baissé au cours des années 1980, le carnaval n’échappe pas à quelques nouvelles poussées de fièvre. Notamment en 1989, et plus récemment, l’année dernière. Cependant, rien à voir avec la situation explosive des premières années. L’ambiance et la sécurité se sont considérablement améliorées au début des années 1990, dès le moment ou la mairie et la police se sont mises à collaborer étroitement avec les organisateurs pour participer au financement et à la sécurisation de l’évènement.  

Devenu  vitrine du modèle d’intégration à l’anglaise, le carnaval de Notting Hill s’apprête à accueillir cette année plus d’un million de visiteurs venu danser pendant deux jours au rythme des groupes de Steel-Pan, de Calypso ou des secousses sismiques émanant des énormes sound-systems jamaïcains. Une manne financière pour la ville, qui grâce au carnaval attire de nombreux touristes, et une formidable contribution de la communauté antillaise à la vie culturelle de la Grande-Bretagne.

 

 

COMMENTAIRES



Ecrit par henri le 23/07/2009 à 14:18
Je me souviens de ces scènes que l'ont voyait chaque année à la télé. J'étais gamin, mais je me souviens que ça cognait dur!

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