A la découverte des îles des Caraïbes
01/07/2009 06:54 Commentez cet article

07 mai 1794, Victor Hugues met fin à l'occupation anglaise en Guadeloupe.
Né à Marseille, Victor Hugues (1762-1826) effectuera plusieurs allers-retours entre la France et les Antilles avec un passage marqué en Guadeloupe. Personnage relié à la Révolution française qui fut tour à tour mousse, commerçant en Cayenne, corsaire, homme politique dans les Colonies antillaises de la Convention à Napoléon, il s’est illustré dans la libération de la présence anglaise en Guadeloupe et dans le maintien de l’ordre après l’abolition de l’esclavage en 1794. L’histoire retient de lui son combat contre les Anglais. L’image de libérateur face à la présence anglaise semble pourtant avoir été vite effacée par les contemporains de Victor Hugues devant cet homme avare de scrupules. La Guadeloupe puis la Guyane qui ont été gouvernés par lui se souviennent d’un homme impitoyable qui a rétabli la potence et le travail forcé.


Les Colonies vivent dans l’anarchie depuis la chute de la monarchie et vivent sous le contrôle des Anglais.

De 1790 à 1815, les Antilles françaises sont en proie aux bouleversements amenés par la Révolution, par la guerre que se livre les Européens pour obtenir ou garder telle île caraïbe et par l’avènement de Napoléon. L’annonce de la Révolution sonne comme un immense espoir pour les esclaves, la présence anglaise qui défend son commerce tout en se battant officiellement pour le retour de la monarchie brouille les cartes, Napoléon fait perdre tout espoir d’affranchissement quelques années plus tard en 1802.

La division règne dans les colonies à partir de 1789.

La Révolution française par le biais de la toute nouvelle Assemblée nationale abolit les privilèges dans la nuit du 4 août 1789 et prône l’égalité des citoyens en promulguant la Déclaration des droits de l’homme le 26 août 1789. Un an plus tard, l’Assemblée nationale décrète le droit de vote pour tous les citoyens de plus de 25 ans. Les colons ne l’entendent pas de la même oreille et refusent d’accorder la citoyenneté aux mulâtres. Des divisions profondes vont naître dans toutes les franges de la population antillaise. Les riches békés et planteurs vont devenir les ennemis de la Révolution  tandis que d’autres blancs, généralement plus pauvres, vont se ranger du côté des patriotes. La confusion gagne la population noire selon qu’elle est libre ou asservie. Ce climat entre rébellion et répression sanglante tourne à l’avantage des Anglais qui tentent de s’emparer des possessions françaises des Antilles.

Le décret de l’abolition de l’esclavage du 4 février 1794 doit rétablir l’ordre dans les Antilles.

Les premières révoltes des esclaves ourdissent en 1790 à Saint-Domingue puis en Guadeloupe de 1790 à 1792. De nature sporadique car sévèrement réprimées, elles finissent par inquiéter la métropole qui décide de donner raison aux esclaves. L’acte du 4 février 1794 alias le décret du 16 pluviôse an II intervient de manière symbolique. L’abolition de l’esclavage est voté, comme nous le verrons, moins pour les esclaves que pour le rétablissement de l’ordre dans les colonies.

Victor Hugues promu défenseur de la Révolution en Guadeloupe

En 1794, la Convention désigne Victor Hugues comme commissaire en Guadeloupe. Sa tâche n’est pas mince : Victor Hugues est officiellement chargé d’appliquer le fameux décret de l’abolition de l’esclavage. Pour se faire, il doit livrer un combat contre les Anglais. Victor Hugues n’a pas été choisi au hasard : son passé en tant que marin qui l’a conduit en Cayenne où il fut colon à la tête d’un commerce fructueux, son retour en France où il adhère au club des Jacobins, en font un homme tout désigné pour défendre les idées révolutionnaires dans les Colonies.

En six mois, Victor Hugues chasse les Anglais de Guadeloupe.

Le 7 mai 1794  à Pointe-à-Pitre marque l’arrivée victorieuse de Victor Hugues et de ses mille hommes.  Victor Hugues ne peut défier les Anglais installés depuis deux mois pendant longtemps s’il n’attire pas autour de lui plus de combattants. Il a l’idée de rallier la population noire et mulâtre, libre ou non libre. Victor Hugues a une arme : le décret du 4 février 1794 instituant l’abolition de l’esclavage. Tournant ce décret à son avantage, il enrôle, en plus des soldats blancs, plus de trois mille hommes de couleur que l’on appellera les Sans-Culotte Noirs. En décembre 1794, Victor Hugues et son armée reconquièrent la Guadeloupe qui repasse aux mains de la France et de la Révolution. Mais Victor Hugues défend les idées révolutionnaires à sa façon. Il ne conçoit pas l’égalité entre les hommes et surtout s’il s’agit de gens de couleurs.

Corsaire victorieux, commissaire puis Gouverneur : les actes d’un libérateur devenu bien vite dictateur.

Victor Hugues, le libérateur de la Guadeloupe a su aussi tirer profit en pratiquant les guerres de course. Son action s’est ouverte aux îles voisines parmi lesquelles la Dominique, Sainte-Lucie, Saint-Martin. Il est entré pratiquement en guerre contre les Etats-Unis en autorisant les corsaires français à attaquer la flotte américaine. Nommé commissaire puis gouverneur, il se trouve une autre vocation : celle de rétablir l’ordre par le travail forcé. L’espoir qu’il a suscité s’est éteint au moment-même de la victoire contre les Anglais. Les Guadeloupéens et les soldats de couleur qui s’attendaient à une reconnaissance vont vite déchanter. Victor Hugues se montre en effet plus soucieux de faire revivre cette société entièrement dominée par l’économie sucrière et son mode de production esclavagiste. Nommé par la Convention pour être l’instigateur du décret abolitionniste, Victor Hugues n’aura pas de mal à commuer la liberté des esclaves en travail forcé. De la même manière, le retour à l’ordre se solde par le retour de la potence : les contre-révolutionnaires passent sous le couperet de la guillotine. Les années 1794 à 1798 furent autant d’années de terreur en Guadeloupe pendant tout le temps où Victor Hugues exerça ses fonctions de gouverneur. Le Directoire le rappelle en métropole en 1798 pour ses excès.

L’action de Victor Hugues en Guadeloupe puis en Guyane annonce le rétablissement de l’esclavage par Napoléon en 1802.

La Convention avait misé sur Victor Hugues en 1794 pour rétablir l’ordre en Guadeloupe. Le Consulat fait de même en 1799 pour la Guyane. Cette dernière connaît un contexte épineux en la personne de son gouverneur accusé d’avoir taxé lourdement la population pour mieux dilapider le Trésor public. Là aussi, Victor Hugues n’aura de cesse d’édicter des ordres de travail qui sont autant d’invitations au travail forcé.

La fin de Victor Hugues.

Victor Hugues sera Gouverneur de la Guyane jusqu’en 1809, date à laquelle les Portugais conquièrent la Guyane. Après quelques déboires dont celui d’avoir été accusé de trahison, il est acquitté en 1814 et décide de retourner en Cayenne pour finir ses jours avant de revenir en métropole à Bordeaux où il meurt en 1826.

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